Quand l'incompétence se conjugue à l'absence d'idéaux, à l'absence de conscience, il n'est plus de salut que dans une honte terrible et ravageuse pour ceux qui tentent encore, pour quelques
semaines encore, de lutter contre le courant. Pardon, je suis désolé, je m'excuse, je suis confus...et je n'en peux plus ! Est-il donc si nécessaire de massacrer avec une telle efficacité tous
les rêves et les espoirs des nouveaux venus ? Est-il donc si vital de cultiver la nullité et la lenteur avec une telle force ?
Après tout, tant pis pour le monde et tant pis pour nos grands idéaux. Nous ne changerons rien dans ces conditions, nous ne ferons que contribuer à notre propre destruction. Et pendant ce
temps-là, nos fameux "bénéficiaires" nous regardent, incrédules dans le meilleur des cas, haineux pour les autres...et ils ont tellement raison ! Encore une fois pardon...pour les autres.
Renoncer totalement serait se rendre complice de ce système lamentable mais continuer serait y contribuer ! Alors quoi ?
Peut-être simplement un changement d'échelle, l'abandon des grands projets et des grandes idées pour une durée indéterminée, et un nouveau départ, bien plus modeste...je ne renoncerai pas, ce
serait renoncer à tout honneur, mais je tenterai différemment.
Et pendant ce temps-là, des êtres humains n'ont aucune idée de ce que appelons "liberté", n'ont aucune chance d'étudier ou même de manger à leur faim, des endroits où il n'est d'aucune utilité de
rêver. Des coupables ? Evidemment...partout, infiltrés dans tous les rouages du système, ils le pourrissent avec une efficacité redoutable, brisant les volontés et réduisant les espoirs à
néant.
Je vous parlerais bien du moment où le respect des procédures devient une allégeance à la stupidité, de celui où un séminaire est l'occasion de rendre le Ramadan obligatoire pour tous, de celui
où il est nécessaire d'aller se réunir dans un hôtel alors que nous disposons de salles de réunion, de celui où nous achetons des véhicules hors de prix en quantité scandaleuse, de celui où
personne ne comprend l'organisation des programmes, de celui où, après quatre mois, nous annulons des procédures devant la quantité d'erreurs commises...je vous parlerais bien aussi de ces
procédures usant la majorité d'un temps théoriquement consacré au "développement", d'une hiérarchie qualifiable de "planante" (sans parachute évidement), de partenaires absents...mais ceci n'est
pas conforme à notre éthique interne, c'est pourquoi je n'en parlerai pas !
L'espoir est mort pour quelques mois donc. Il fût un temps où "Nous les Peuples...", restons-en là !
Rouage dans la machine, soumission aux pires pesanteurs, l'initiative est proscrite, tenez-vous le pour dit ! Avancer donc mais surtout, soyons lents. Jugés à la quantité d'argent dépensée, le
concours est lancé. Tellement à faire et, trop souvent, l'impression que personne ne tient à changer les choses. Conserver le rêve, peut-être est-ce là le défi le plus difficile. Et pour le
reste, l'habitude a pris le pas sur le reste. Une vie comme une autre finalement. De la Mauritanie au Sénégal, nouvelles images, nouvelles personnes mais la sensation qu'il s'agit désormais du
quotidien...et toujours ces incompréhension de certains. Non, je ne vous raconterai pas des journées qui pourraient paraître originales, fantastiques ou exotiques car elles sont une réalité de
tous les jours, ce à quoi on ne pense plus.
Evidemment, il reste des anecdotes, des moments aussi grandioses qu'insupportables. D'une attente à la douane pour cause d'absence de l'assistant en charge du traçage des lignes sur le
cahier d'enregistrement à la traversée du fleuve Sénégal en pirogue en passant par un bruit de bébé un peu particulier dans un restaurant perdu...original peut être mais simplement quelques
moments de vie d'un autre côté. Discours pouvant déclencher des commentaires détestables donc arrêtons-nous là. Par contre, il est de grands débats par ici : est-ce que manger du sable toute la
journée peut donner un cancer ? Pourquoi les prix de l'alimentation connaissent des hausses fulgurantes ? Que faire de nos weekends (plus courant déjà...) ? Qu'est-ce que peuvent bien manger les
mauritaniens ? Aurai-je vraiment envie de rentrer ? Si vous tenez à participer, intéressez-vous plutôt à ces migrants, expulsés du Maroc, qui se meurent dans un no man's land ou se noient
dans l'Atlantique, demandez des comptes sur l'utilisation de vos impôts pour financer l'aide publique au développement. Regardez ces "autres" avant de voir des images infâmes sur vos écrans,
est-il vraiment nécessaire de pleurer pour changer le monde ?
Difficile à suivre...en effet, je l'avoue. C'est pourquoi je ne vous parlerai pas d'une histoire d'amis, non de frères, enfin...de mouche espagnole pour résumer. L'ambiance est électrique
aujourd'hui, peut-être est-ce là l'explication, ou du moins une partie de celle-ci. Déluge complet, inondation des bureaux, coupures d'électricité, qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour remédier
à l'ennui ! Et au milieu de tout cela, un concours de fous, glandeurs, dépressifs et autres curiosités de la nature...voilà ce qu'il est coutume d'appeler du développement. Parler d'esclavage les
pieds dans l'eau, c'est une option. Nous pouvons désormais dire que nous l'avons fait !
Et quand il fut enfin temps de quiter ce navire délirant...des rues inondées, évidement les évacuations d'eau dans le désert, ça ne se fait pas, vous l'auriez déviné j'espère. Plouf donc, un vrai
bonheur, premiers instants de fraicheur...inutile d'espérer que ça dure ! Demain, retour au sable, à la transpiration voire même, à la suffocation...
Un air de French Cancan, un tire-bouchon et Nouakchott sombre dans un rythme fou. Vous ne comprenez pas bien sûr, quoi de plus normal mais tant pis. La soirée avançant, une nouvelle idée germe,
un peu folle mais tellement agréable. Un appel d'un nouveau genre, résonnant à travers la ville. Une seule note tout d'abord, d'une voix chaude : ohhh...et doucement, la montée, l'apothéose : my
Love, my Darling.
Mais "ça ne vous fait pas penser au Capitaine Hadock, le Médoc ?". Fou rire. "Moi, je ne comprend pas les mecs qui s'épilent le nombril...ah non, les sourcils! Je confond toujours". Et voilà, le
niveau, peut-être pourrions-nous arrêter là ce résumé assez incompréhensible. La suite fût plus courante, enfin, sauf à Nouakchott...concert, foule, rythme musclé et une masse collective
profitant de quelques instants communs avant de retourner à la "vraie vie". Toujours cette ségrégation...pour une fois, nous étions du bon côté probablement, considérant l'ambiance et la chaleur
évidement.
Et sinon ? Une certaine dureté, la difficulté à construire l'échéance en tête, le rejet et l'attrait pour les autres. Complexe encore une fois. Enfin, nous en resterons donc à "Oh my Love, my
Darling"...Bon amusement !
Difficile de ne pas dire un seul mot d'un coup d'Etat encore tout frais, difficile aussi de se faire une idée précise. En tant que démocrates, nous pourrions le regretter...malheureusement il
semble, dans le même temps, que l'ancien Président ne soit pas tellement "regrettable" ! Etait-ce un "coup d'Etat démocratique" ? Peu probable. Quoi qu'il en soit, la démocratie est supposée
régler les conflits dans le respect de procédures définies et en aucun cas par la force militaire (aussi "pacifique" soit-elle). Soyons honnêtes, Sidi Mohamed Ould Abdallahi a bien peu de chances
de revenir au pouvoir (le voudrait-il dans l'absolu ?) et la Géorgie semble d'une actualité assez brûlante pour que les Grands de ce monde tendent à oublier quelque peu la Mauritanie.
Affaire à suivre encore une fois...ou peut-être pas, plus on est de fous, plus on rit, non ?
Et pendant ce temps-là, il faut bien que la vie continue. Le côté "pacifique" de ce coup d'Etat tend à le rendre plus indolore...tout en brouillant cependant un peu les cartes, il faut bien le
reconnaître. Quelle vie donc ? La recherche d'un appartement, une maladie inconnue, des formalités administratives aussi passionnantes que dans toute bureaucratie qui se respecte, vous voyez le
tableau ! Inutile de s'éterniser. Ce sera donc dans la rue principale de Nouakchott, la "vraie vie" si l'on peut dire. Pas encore installé et déjà célèbre dans le quartier...enfin, célébrité
toute relative évidement. Un des objectifs était d'éviter d'être aux premières loges d'un certain bruit "traditionnel" se répétant de nombreuses fois par jour, il semblerait que nous y soyons
parvenus ! Finalement, trois semaines auront suffit pour apaiser bien des impressions désagréables, l'immersion semble commencer à faire effet, pour le meilleur "of course". Pardonnez les
anglicismes, ils ne peuvent être évités dans de telles conditions...cependant, l'inquiétude sera bienvenue le jour où vous lirez un "oh my God" en ce lieu. Ce serait un comble...
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