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Le texte ci-dessous est une reproduction d'un article du Monde en date du 15 janvier 2009, écrit par Patrick Weil, Directeur de Recherche au CNRS. Instructif...

 

"Le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, Brice Hortefeux, ne manque pas une occasion - comme il l'a encore fait mardi 13 janvier à la veille de quitter son ministère - de brandir fièrement les résultats chiffrés de son action, notamment ceux des reconduites à la frontière.

Quand on décortique les chiffres, force est pourtant de constater que la réalité a été camouflée pour tenter à tout prix de pouvoir afficher un bilan conforme aux objectifs plus que volontaristes de maîtrise de l'immigration imposés par le président de la République. Au-delà de ces jongleries statistiques, opérées dans une opacité aussi remarquable que regrettable, ce sont les aberrations bureaucratiques et les contradictions de la politique française d'immigration qui sautent aux yeux.

Il existe différents types de "reconduites". Certaines sont forcées, d'autres "volontaires". Ces dernières concernent le plus souvent des Roumains et parfois des Bulgares, qui ont le droit d'entrer en France sans visa. Ils y séjournent parfois au-delà des trois mois autorisés, puis décident de rentrer chez eux ou bien sont interpellés ; ils bénéficient alors des services de l'Etat français (retour par bus ou par avion et petit pécule), ce qui ne les empêchera pas de revenir en France quelque temps plus tard, toujours sans visa. Parmi les retours contraints, il y a aussi des "réadmissions". Elles permettent de remettre un étranger venu en France en passant par un pays de la zone Schengen aux autorités de ce pays. Mais rien ne garantit que, renvoyé en Allemagne, en Belgique ou en Pologne, il ne reviendra pas en France quelques semaines plus tard.


Pour les responsables de la police, les "vraies" reconduites concernent les étrangers que l'on ramène hors d'une zone de libre circulation vers la France, d'abord en Afrique, en Asie, en Amérique ou en Europe de l'Est. Or ces reconduites-là, les plus significatives, n'augmentent pas. Elles représentent moins de la moitié (46 %) des 14 660 reconduites annoncées par M. Hortefeux pour les cinq premiers mois de 2008 et concernent de plus des étrangers simplement "sans papiers".


Deux raisons expliquent un tel décalage. D'une part la fixation, par le président de la République, d'objectifs inatteignables. D'autre part une idéologie identitaire qui s'exprime dans la dénomination même du ministère de M. Hortefeux et dont le message semble clair : certains immigrés sont désirables ; d'autres - venus d'Afrique ou de Méditerranée - ne le sont pas. L'étude de terrain le confirme : la caractéristique de la politique française d'immigration est d'être aujourd'hui discrètement mais volontairement discriminatoire et de faire l'objet d'une politisation maximale afin de faire croire en la maîtrise complète et permanente du nombre et de l'origine des étrangers qui s'installent en France.


Certes, dans certains domaines, la continuité prévaut : ainsi la politique des visas, encore sous la cotutelle du ministère des affaires étrangères, est soumise, pour ce qui est des visas de court séjour, à l'approbation des partenaires européens. Les flux sont demeurés au niveau où ils étaient, environ 2 millions de visas accordés. Pour le moment, l'asile ne semble plus être la cible directe de la politique de Nicolas Sarkozy : la diminution du nombre des demandes, favorisée par la loi de 2003 (52 200 en 2003, 23 800 en 2007) n'a pas entraîné une baisse significative du nombre de statuts accordés (9 790 en 2003, 8 780 en 2007).


L'un des motifs de cette accalmie tient au fait que les réfugiés ne sont pas comptabilisés pour la réalisation d'un des grands objectifs fixés par Nicolas Sarkozy à son administration : une proportion de 50 % d'immigration de travail dans l'immigration totale. Quand cet objectif fut annoncé et répété, on se réunit pour examiner comment s'en approcher, à défaut de l'atteindre, tant il est hors de portée. En excluant donc les réfugiés des calculs, on gagne tout de suite quelques pour-cent.


Par ailleurs, on transfère des régularisations de la catégorie "vie privée et familiale" à la case "travail". Enfin, on essaie d'attirer des travailleurs, mais surtout de réduire par tous les moyens l'immigration pour lien de famille. Légalement, on ne peut soumettre à des quotas l'immigration de familles - encore moins discriminer selon leur origine géographique ou ethnique -, car la Constitution et le droit européen garantissent à toute personne qui remplit les conditions prévues par la loi le droit à une vie familiale normale. La fixation d'objectifs irréalisables permet néanmoins d'inciter les fonctionnaires à se libérer de leur obligation de respecter le principe d'égalité devant la loi et à appliquer des distinctions selon l'origine des migrants. Parfois, les consignes sont orales.


Au début de 2008, les préfets ont été ainsi surpris d'entendre un des responsables du cabinet de M. Hortefeux leur indiquer que s'ils ne traitaient pas les demandes de regroupement familial il ne leur en voudrait pas. Au ministère des affaires étrangères, on a été choqué d'entendre le même responsable indiquer son souhait d'en terminer avec l'accueil de boursiers africains, confirmant des instructions quasi officielles données aux services culturels des ambassades de France à l'étranger. Mais le plus souvent, la logique discriminatoire se traduit plus discrètement et efficacement.


Quand la politique d'immigration a ce type de visées sans pouvoir l'afficher, on multiplie les procédures bureaucratiques, afin de ralentir, voire de bloquer l'attribution de droits à des étrangers jugés "indésirables". Les tests ADN ont mobilisé l'opinion publique, mais la cible principale de la loi de 2007 était les conjoints de Français, catégorie principale de l'immigration familiale (50 000 titres de séjour par an). Les contrôles des mariages à l'étranger ont été durcis, mais cela ne suffit pas. Des tests de français ou de connaissance des valeurs de la République permettront de ralentir encore l'attribution de visas et peut-être de décourager les postulants de vivre ensemble.

La manifestation la plus exemplaire de cette politique de "l'identité nationale" est la réforme (en cours) de la procédure de naturalisation. Jusqu'à présent, les préfectures enregistraient les demandes, appréciaient le niveau de français des postulants et émettaient un avis. Mais, pour équilibrer les écarts d'appréciation très importants entre les différentes préfectures, les décisions finales étaient prises sur des critères communs par un service centralisé et spécialisé. M. Hortefeux a décidé de donner directement aux préfets le pouvoir de naturaliser, seuls les dossiers rejetés étant dorénavant examinés au plan national. Les dossiers "désirables" pourront ainsi être traités plus rapidement.

Un tel pouvoir régalien délégué au préfet comporte naturellement un risque d'abus et de favoritisme politique. Les autres dossiers prendront un chemin de traverse. La principale inégalité réside déjà aujourd'hui dans les délais d'instruction très différents entre préfectures : moins de six mois pour certaines, plus de deux ans pour d'autres. Mais ce délai n'est comptabilisé qu'à partir de l'entretien "d'assimilation". Auparavant, il faut avoir obtenu deux rendez-vous : un pour la délivrance d'un dossier, l'autre pour la remise du dossier rempli. Au total, cette première phase peut prendre aujourd'hui plus de cinq ans. Dans une préfecture du sud-est de la France, un postulant s'est vu fixé, en juin 2008, un rendez-vous en novembre 2011 uniquement pour la remise de son dossier. Les préfectures rallongent ainsi les délais des postulants jugés "indésirables". Cette naturalisation à deux vitesses, la réforme Hortefeux l'entérine et l'accentue.


Les grands objectifs fixés par le président Sarkozy sont souvent contradictoires. Son gouvernement veut renvoyer 26 000 étrangers en situation irrégulière et, dans le même temps, afficher une progression de l'immigration de travail. Pour réaliser le premier objectif, on fait pression sur l'employeur en l'obligeant depuis juillet 2007 à vérifier la validité des documents produits par un étranger qu'il souhaite embaucher. Pour réaliser le second, on autorise le préfet à régulariser. Mais comment l'employeur qui demande la régularisation de son employé peut-il savoir s'il le verra sortir de la préfecture avec une carte de séjour ou une obligation de quitter le territoire français ? C'est donc pour éviter l'aléa du pouvoir discrétionnaire que des employeurs et leurs salariés se sont appuyés sur la CGT pour négocier avec le gouvernement des régularisations dans des secteurs où le gouvernement n'en avait prévu et voulu aucune !


Il y a même une contradiction entre la politique du chiffre et la politique de sécurité. Ainsi, plus de la moitié des étrangers les plus dangereux, objets d'un arrêté d'expulsion ou d'une interdiction du territoire, et qui sont pourtant entre les mains de la police ou en prison, ne sont pas reconduits. Pour une rison simple : ces étrangers sont certes les plus dangereux, mais les objectifs quantitatifs font que les "sans papiers" non délinquants, beaucoup plus nombreux, sont devenus la priorité.


Pas de contradiction, en revanche, entre les objectifs chiffrés de reconduite aux frontières et le ciblage de l'immigration de familles. C'est le plus souvent à l'occasion de convocations ordinaires, pour le renouvellement d'une autorisation après plusieurs années de séjour légal, que des conjoints de Français font l'objet d'enquêtes systématiques : des questions sont posées séparément aux époux sur les détails les plus intimes de la vie conjugale ; on examine les comptes en banque, la correspondance e-mail ou SMS pour vérifier la communauté de vie.


Tous les moyens sont bons pour remplir les objectifs chiffrés, y compris les plus artificiels : un touriste venu voyager en Europe avec un visa Schengen - valide trois mois - a séjourné quatre mois ; il repart tranquillement par avion et son passeport est vérifié au moment de l'embarquement à Roissy. Ce touriste est interpellé, présenté à un officier de police judiciaire qui lui délivre une obligation à quitter le territoire qu'il s'apprêtait justement à quitter. Mais c'est une occasion comme une autre de contribuer à remplir les objectifs chiffrés.


Pourquoi le nombre des reconduites reste-t-il relativement faible ? Il y a toujours les aléas des laissez-passer délivrés ou non par les consulats des pays d'origine, mais ce phénomène a toujours existé et a plutôt tendance à se réduire. Il y a, depuis l'automne 2007, une plus forte résistance des juges mécontents de leur ministre, Mme Dati, et choqués par les cas qui leur sont soumis. Le juge judiciaire se saisit des erreurs de procédure de l'administration pour remettre en liberté des étrangers non reconduits après 48 heures de rétention administrative.


Submergé par les obligations à quitter le territoire - un dispositif créé en 2006 par la loi Sarkozy -, le juge administratif les annule quand elles portent atteinte à la Convention européenne des droits de l'homme. Il y a ensuite la conjonction de la mobilisation associative et des décisions de justice : les conjoints de Français renvoyés au pays pour se mettre en règle reçoivent un accueil varié selon les consulats : si ces derniers respectent la loi, ils se voient vite attribuer un visa de retour ; mais d'autres ne répondent pas et font traîner les choses en longueur.


Dans ce cas, conseillés par exemple par l'association "Les amoureux au ban public", ces conjoints de Français déposent un référé devant le Conseil d'Etat qui a pour effet dans 80 % des cas de faire attribuer le visa auquel ils ont droit avant l'audience. Les 20 % restant obtiennent gain de cause pour une grande majorité. La Commission européenne elle-même est saisie de situations contraires aux directives européennes et intervient auprès des autorités françaises.


Enfin, jamais, aux dires convergents des préfets et des consuls, un pouvoir n'était intervenu autant pour attribuer des titres de séjour, des visas ou des régularisations à l'encontre des consignes générales qu'il donne. Soit que la presse se soit saisie de cas particuliers, soit que des personnalités françaises ou étrangères interviennent. Avec Nicolas Sarkozy, la politique d'immigration devient presque systématiquement le fait du prince, au plan national ou local. Le droit à la régularisation après dix ans a été aboli, mais un droit à faire examiner à titre humanitaire son dossier au-delà de ce délai a été établi. La carte de résident peut être accordée après trois ans de mariage ou cinq ans de séjour mais elle peut aussi ne pas l'être. Le président de la République n'aime pas l'Etat de droit ; mais il aime, et Brice Hortefeux aussi, pouvoir accorder lui-même la réparation d'une injustice individuelle ou un privilège. Cela encourage les liens personnels, les clientèles et le silence devant les injustices collectives.

Enfin, les objectifs en matière d'immigration de travail sont encore plus loin d'être atteints, particulièrement pour la carte "compétences et talents" créée par M. Sarkozy en 2006. Soumise à des conditions bureaucratiques dissuasives, dans un climat qui fait apparaître la France comme une terre peu accueillante, elle n'a attiré que très peu d'étrangers qualifiés. Pour pouvoir annoncer 405 cartes pour l'année 2008, M. Hortefeux avait fixé, en juin, des objectifs de 50 à 200 cartes à chaque ambassade et à chaque préfecture. Les services en ont souvent été réduits à faire passer des étrangers d'une catégorie à l'autre.

Le gouvernement a bien décidé, en juillet 2008, d'ouvrir la porte aux travailleurs des dix nouveaux pays membres de l'Union européenne. Mais il l'a fait trop tard, et cette mesure n'a eu qu'un faible impact. Dès 2004, le Royaume-Uni, la Suède et l'Irlande l'avaient décidé. Et, en 2006, quand d'autres Etats européens suivirent (l'Italie, l'Espagne ou la Finlande), l'ensemble des organisations patronales et syndicales (CGT comprise) s'y montrèrent aussi favorables. Mais Nicolas Sarkozy s'y opposa personnellement. C'eût été pourtant limiter l'immigration et le travail "illégaux" autrement que par la répression. Mais favoriser, juste avant l'élection présidentielle, l'immigration de l'Est eût été prendre dans la France du non à la Constitution européenne un petit risque politique.


L'important est toujours que les annonces soient profitables, que les échecs soient camouflés et que l'apparence soit sauve.


Le même scénario s'est déroulé sur le plan européen avec le "pacte" sur l'immigration. Depuis plusieurs années, Nicolas Sarkozy martèle que les Etats européens - l'Italie et l'Espagne - ne doivent plus pouvoir faire de régularisations massives. Et cette exigence, il l'a inscrite dans la première version du pacte soumis aux 27 Etats membres pour l'inauguration de la présidence française.


C'est une exigence d'abord hypocrite. Quand des Etats européens organisent des régularisations massives, ils récupèrent une partie des irréguliers des pays voisins. Une partie des irréguliers de France ont, ces dernières années, migré vers l'Italie et l'Espagne, sans jamais revenir, au bénéfice de la politique française de lutte contre l'immigration illégale. C'est aussi soigner le symptôme plutôt que la maladie : si une politique publique provoque tant d'irrégularité, c'est la règle en vigueur qu'il faut modifier avant de s'attaquer à ses conséquences. Or quelle est la règle qui provoque cette immigration de masse ?


Les quotas, la définition à l'avance d'un chiffre à atteindre (et à ne pas dépasser), qui résonne souvent comme un appel à émigrer bien au-delà du nombre recherché. Pourquoi M. Sarkozy n'a pas demandé à l'Italie et à l'Espagne de remettre en cause leur système de quotas ? Parce qu'il continuait de le prôner pour la France. Dans le pacte européen finalement approuvé, les Etats membres s'engagent à ne faire que des régularisations "au cas par cas". Mais avec un système de quota maintenu, l'Italie et l'Espagne n'auront pas besoin de camoufler 500 000 régularisations derrière autant de décisions au cas par cas. Il leur suffira d'augmenter leur quota d'une année sur l'autre de 200 000 à 700 000 par exemple. Ce sera plus clair et toujours autorisé par le pacte annoncé en grande pompe par M. Hortefeux. Nos partenaires européens ne sont pas dupes : le directeur général de l'immigration des Pays-Bas a indiqué que ce pacte n'aurait absolument aucun impact.


Fondée sur des objectifs inatteignables ou indicibles, la nouvelle politique d'immigration a aussi besoin d'opérer dans le silence. D'où la production de données statistiques partielles, des informations de plus en plus contrôlées, et les pressions ou les sanctions visant les acteurs, qui restent critiques. C'est pour avoir conservé sa liberté de parole que la Cimade, qui assure une mission d'aide juridique indispensable aux étrangers dans les centres de rétention, risque de se voir retirer la majeure partie de cette responsabilité.


Discriminatoire, cette politique, en faisant fuir l'élite africaine vers d'autres pays européens ou vers l'Amérique, abaisse dans ce continent l'influence de la France. Bureaucratique, elle n'attire pas l'immigration de travail, même qualifiée. Discrétionnaire, contradictoire et intrusive, elle porte atteinte aux droits de l'homme, néglige la sécurité publique et épuise les fonctionnaires chargés de la mettre en oeuvre. Nicolas Sarkozy continue pourtant d'imprimer un rythme rapide et politique à sa gestion. Cinq lois déjà depuis 2002, un projet de réforme constitutionnelle avorté et deux nouvelles lois annoncées pour 2009. Probablement est-il persuadé que le maintien d'une tension, d'une mobilisation politique permanente autour de l'immigration, reste pour l'avenir, quelles qu'en soient les conséquences, toutes à son bénéfice politique."

"Hello, Chicago.

S’il y a quelque part quelqu’un qui doute encore qu’en Amérique tout est possible, qui se demande encore si le rêve de nos Pères fondateurs vit encore à notre époque, qui s’interroge encore sur la force de notre démocratie, ce soir, voici votre réponse.

C’est la réponse donnée par les files d’attentes qui se sont allongées devant les écoles et les églises dans des proportions que ce pays n’avait jamais vues, par des gens qui ont attendu trois ou quatre heures, souvent pour la première fois de leur vie, parce qu’ils pensaient que cette fois devait être différente, et que leur voix pouvait faire cette différence.

C’est la réponse donnée par les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, les démocrates et les républicains, les Noirs, les Blancs, les Hispaniques, les Asiatiques, les Indiens (natifs), les homosexuels, les hétérosexuels, les handicapés et les valides. Des Américains qui ont envoyé au monde un message: nous n’avons jamais été une simple juxtaposition d’individus ou une juxtaposition d’Etats rouges et d’Etats bleus (Etats républicains et Etats démocrates, ndlr).

Nous sommes, et nous serons toujours, les Etats-Unis d’Amérique.

C’est la réponse qui a conduit ceux à qui l’on a si longtemps dit d’être cyniques, d’avoir peur et de douter de ce que nous pouvons accomplir, à prendre dans leurs mains l’arc de l’histoire et à le bander une fois encore dans l’espoir d’un jour meilleur.

Cela aura pris beaucoup de temps mais ce soir, grâce à ce que nous avons fait en cette date, dans cette élection, à ce moment décisif, le changement est arrivé en Amérique.

Un peu plus tôt ce soir, j’ai reçu un appel d’une extraordinaire bienveillance du sénateur McCain.

Le sénateur McCain s’est battu longtemps et de toutes ses forces dans cette campagne. Et il s’est battu encore plus longtemps et avec encore plus de force pour le pays qu’il aime. Pour l’Amérique, il a enduré des sacrifices que la plupart d’entre nous ne pouvons même pas essayer d’imaginer. Nous nous portons mieux grâce au service de ce dirigeant courageux et désintéressé.

Je le félicite; je félicite la gouverneuse Palin pour tout ce qu’ils ont accompli. Et j’ai hâte de travailler avec eux pour renouveler la promesse de cette nation dans les mois à venir.

Je veux remercier mon compagnon dans ce voyage, un homme qui a fait campagne avec tout son coeur, qui a parlé pour les hommes et les femmes avec lesquels il a grandi dans les rues de Scranton et avec lesquels il est rentré en train chez lui dans le Delaware: le vice-président élu des Etats-Unis Joe Biden.

Et je ne me trouverais pas ici sans le soutien sans faille de celle qui a été ma meilleure amie pendant ces 16 dernières années, le roc de notre famille, l’amour de ma vie, la future Première Dame de ce pays: Michelle Obama.

Sasha et Malia, je vous aime toutes les deux plus que vous ne pouvez l’imaginer. Et vous avez gagné le nouveau chiot qui va venir avec nous à la nouvelle Maison Blanche.

Et bien qu’elle ne soit plus avec nous, je sais que ma grand-mère nous regarde, tout comme la famille qui a fait de moi celui que je suis. Ils me manquent ce soir. Je sais que j’ai envers eux une dette incommensurable.

A ma soeur Maya, ma soeur Alma, tous mes autres frères et soeurs, merci si fort pour tout votre soutien. Je leur suis reconnaissant.

A mon directeur de campagne, David Plouffe, le héros méconnu de cette campagne, qui a bâti la meilleure, la meilleure campagne politique, je pense, de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique.

A mon directeur de la stratégie David Axelrod, qui a été un partenaire pour moi à chaque étape.

A la meilleure équipe de campagne jamais réunie de l’histoire de la politique. Vous avez rendu cela possible et je vous suis à jamais reconnaissant pour ce que vous avez sacrifié afin de l’accomplir.

Mais par-dessus tout, je n’oublierai jamais à qui cette victoire appartient réellement. Elle vous appartient. Elle vous appartient.

Je n’ai jamais été le candidat le plus probable pour ce poste. Nous n’avons pas commencé avec beaucoup d’argent ni beaucoup de soutiens. Notre campagne n’est pas née dans les couloirs de Washington. Elle a commencé dans les arrière-cours de Des Moines, dans les salons de Concord et sous les porches de Charleston. Elle a été bâtie par des travailleurs et des travailleuses qui ont puisé dans le peu d’économies qu’ils avaient pour donner cinq, dix, vingt dollars à la cause.

Elle a tiré sa force des jeunes qui ont rejeté le mythe de l’apathie de leur génération, qui ont quitté leur maison et leur famille pour des emplois qui payaient peu et offraient encore moins de repos.

Elle a tiré sa force des gens moins jeunes qui ont bravé la morsure du froid et la chaleur torride pour frapper aux portes de parfaits étrangers; et (elle a tiré sa force, ndlr) de millions d’Américains bénévoles qui se sont organisés et ont démontré que plus de deux siècles après, un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple n’a pas disparu de la surface de la Terre.

C’est votre victoire.

Et je sais que vous ne l’avez pas fait juste pour gagner une élection. Et je sais que vous ne l’avez pas fait pour moi.

Vous l’avez fait parce que vous comprenez l’ampleur de la tâche qui nous attend. Car même tandis que nous faisons la fête ce soir, nous savons que les défis qui nous attendent demain sont les plus grands de notre vie: deux guerres, une planète en danger, la pire crise financière depuis un siècle.

Tandis que nous sommes ici ce soir, nous savons que des Américains courageux se réveillent dans les déserts d’Irak et les montagnes d’Afghanistan pour risquer leur vie pour nous.

Il y a des mères et des pères qui resteront éveillés dans leur lit une fois les enfants endormis, à se demander comment ils vont rembourser le crédit de la maison, payer le médecin ou mettre assez de côté pour l’éducation supérieure de leurs enfants.

Il y a de nouvelles énergies à maîtriser, de nouveaux emplois à créer, de nouvelles écoles à construire, des menaces à affronter, des alliances à renouer.

La route sera longue. La pente sera raide. Nous n’y arriverons peut-être pas en un an, ni même en un mandat. Mais, Amérique, je n’ai jamais été aussi plein d’espoir que ce soir quant au fait que nous y arriverons. Je vous le promets: nous, le peuple, nous y arriverons.

Il y aura des revers et des faux départs. Beaucoup n’approuveront pas chaque décision ou chaque mesure que je prendrai en tant que président. Et nous savons que le gouvernement ne peut pas résoudre tous les problèmes.

Mais je serai toujours honnête avec vous sur les défis auxquels nous sommes confrontés. Je vous écouterai, surtout si nous ne sommes pas d’accord. Et par-dessus tout je vous demanderai de participer à l’effort pour rebâtir cette nation, de l’unique façon dont cela se fait en Amérique depuis 221 ans -pierre par pierre, brique par brique, de mains calleuses en mains calleuses.

Ce qui a commencé il y a 21 mois au fin fond de l’hiver ne peut pas s’arrêter en cette nuit d’automne.

Cette victoire seule n’est pas le changement que nous recherchons. Ce n’est que notre chance de construire ce changement. Et cela ne peut pas arriver si nous revenons en arrière.

Cela ne peut pas arriver sans vous, sans un nouvel esprit de service, un nouvel esprit de sacrifice.

Alors faison appel à un nouvel esprit de patriotisme, de responsabilité, par lequel chacun d’entre nous décidera de se mettre au travail, de travailler plus dur et de s’occuper pas seulement de soi mais les uns des autres.

Souvenons-nous que, si cette crise financière nous a appris quelque chose, c’est que Wall Street ne peut pas prospérer quand Main Street souffre.

Dans ce pays, nous nous élevons ou nous tombons comme une seule nation, comme un seul peuple. Résistons à la tentation de retomber dans le même esprit partisan, les bassesses et l’immaturité qui ont empoisonné pendant si longtemps notre vie politique.

Souvenons-nous que c’est un homme de cet Etat qui a, le premier, porté la bannière du Parti républicain à la Maison Blanche, un parti fondé sur les valeurs d’indépendance, de liberté individuelle et d’unité nationale.

Ce sont des valeurs que nous partageons tous. Et si le Parti démocrate a remporté une superbe victoire ce soir, c’est avec une certaine humilité et de la détermination à guérir les divisions qui ont entravé notre progression.

Comme l’a dit Lincoln à une nation bien plus divisée que la nôtre, nous ne sommes pas ennemis mais amis. Bien que la passion les ait éprouvés, elle ne doit pas briser nos liens d’affection.

Et à ces Américains dont je dois encore gagner le soutien: je n’ai peut-être pas remporté votre vote ce soir, mais j’entends votre voix. J’ai besoin de votre aide. Et je serai aussi votre président.

Et à tous ceux qui nous regardent ce soir au-delà de nos frontières, dans des Parlements et des palais, à ceux qui sont serrés autour de radios dans des coins oubliés du monde: nos histoires sont singulières, mais nous partageons notre destin, et une nouvelle aube du leadership américain est là.

A ceux, à ceux qui voudraient déchirer le monde: nous vous vaincrons. A ceux qui cherchent la paix et la sécurité: nous vous soutenons. Et à tous ceux qui se sont demandé si le phare de l’Amérique brillait toujours du même éclat: ce soir, nous avons prouvé une fois encore que la véritable force de notre nation vient, non pas de la puissance de nos armes ou de l’étendue de notre richesse, mais du pouvoir pérenne de nos idéaux: la démocratie, la liberté, les possibilités et l’espoir inébranlable.

C’est le véritable génie de l’Amérique: l’Amérique peut changer. Notre union est perfectible. Ce que nous avons déjà accompli nous donne de l’espoir pour ce que nous pouvons et devons accomplir demain.

Cette élection est celle de nombreuses premières fois et d’histoires que raconteront des générations. Mais il en est une que j’ai à l’esprit ce soir, sur une femme qui a déposé son bulletin à Atlanta. Elle ressemble beaucoup à des millions d’autres qui ont fait la queue pour faire entendre leur voix dans cette élection, à un détail près: Ann Nixon Cooper a 106 ans.

Elle est née une génération après l’esclavage. Une époque où il n’y avait pas de voitures sur les routes ni d’avions dans le ciel; où quelqu’un comme elle ne pouvait pas voter pour deux raisons: parce que c’était une femme et à cause de sa couleur de peau.

Et ce soir, je pense à tout ce qu’elle a vu en un siècle en Amérique: la douleur et l’espoir, le combat et le progrès; à ces fois où on nous a dit que nous ne pouvions pas, et à ces gens qui ont continué d’avancer avec ce credo américain: Oui, nous le pouvons.

A une époque où la voix des femmes était étouffée et leurs espoirs ignorés, elle les a vues de son vivant se lever, prendre la parole et obtenir le droit de vote. Oui, nous le pouvons.

Quand le désespoir des grandes tempêtes de sable (le “Dust Bowl” des années 1930) et de la Dépression régnait sur le pays, elle a vu une nation dompter la peur même avec un New Deal (Nouvelle donne, ndlr), de nouveaux emplois, une nouveau sentiment de but commun. Oui, nous le pouvons.

Quand les bombes sont tombées sur notre base et que la tyranie a menacé le monde, elle a été le témoin de l’élévation d’une génération vers la grandeur et du sauvetage d’une démocratie. Oui, nous le pouvons.

Elle était là pour les bus de Montgomery, les lances à incendie de Birmingham, un pont à Selma, et un prêcheur d’Atlanta qui disait aux gens que “We Shall Overcome” (”Nous vaincrons”). Oui, nous le pouvons.

Un homme s’est posé sur la Lune, un mur est tombé à Berlin, un monde a été connecté par notre propre science et notre imagination.

Et cette année, dans cette élection, elle a touché du doigt un écran et voté, parce qu’après 106 ans en Amérique, en ayant traversé les temps les meilleurs et les heures les plus sombres, elle sait comme l’Amérique peut changer. Oui, nous le pouvons.

Amérique, nous sommes allés si loin. Nous en avons tant vu. Mais il reste tellement plus à faire. Alors ce soir, posons-nous la question: si nos enfants vivent jusqu’au prochain siècle, si mes filles ont la chance de vivre aussi longtemps qu’Ann Nixon Cooper, quel changement verront-ils? Quels progrès aurons-nous faits?

Voici notre chance de répondre à cet appel. A nous maintenant.

A nous maintenant, de remettre notre peuple au travail et d’ouvrir les portes des possibles à nos enfants; de rétablir la prospérité et de militer pour la cause de la paix; de nous réapproprier le rêve américain et de réaffirmer cette vérité fondamentale qui veut que, dans la multitude, nous ne faisons qu’un; que tant que nous respirons, nous espérons. Et quand nous rencontrons le cynisme, les doutes et ceux qui nous disent que nous ne pouvons pas, nous répondrons avec ce credo intemporel qui résume l’esprit d’un peuple: Oui, nous le pouvons.

Merci. Dieu vous bénisse. Et Dieu bénisse les Etats-unis d’Amérique."

4 novembre 2008

Un jour, une trêve...un instant de beauté. Une immense attente et un rêve, enfin réalisé. Quel souffle, quel espoir, peut-être avons-nous aujourd'hui senti le vent de l'histoire. Privilège rare que celui de ressentir une communion telle.
S'il ne devait rester qu'une image, elle devrait être la première, ou la dernière...l'image d'un homme, seul, exhortant ses compatriotes à croire en son rêve, ou l'image d'un homme, noyé dans une foule immense, débordant de joie, lançant à son peuple des mots d'une magnifique puissance.
Sensation étrange de vivre pour la première fois un soupir de joie planétaire et hommage à un homme à même d'inspirer une telle force. Les choses ne font bien évidement que commencer, la route sera longue et rude, probablement bien moins glorieuse et exaltante que ces quelques instants mais ils subsisteront comme un incroyable symbole d'unité, à peine imaginable.
Profitons donc de ces quelques instants qui nous sont offerts, sans penser à demain. Ils sont déjà un tel symbole qu'il se suffit à lui-même. Yes, we did...ou plutôt : Yes, they did. Merci.

Ce billet d'actualité se veut volontairement provocateur. Il reflète le fond de la pensée de son auteur tout en adoptant une forme délibérément agressive. En conséquence, votre humour et un minimum de distance seront les bienvenus. Ceci étant dit, bonne lecture.

Le second tour de l'élection présidentielle zimbabwéenne n'aura donc pas lieu, et le plus vieux président africain sera automatiquement réélu. Se croyant investit d'un pouvoir désormais de droit divin, Robert Mugabe n'aura donc pas à faire face à son peuple. Et Thabo Mbeki ose encore appeler à la négociation...dépassant les limites du ridicule, il finira peut-être par appeler à négocier sur le cadavre d'un pays ravagé par un fou, libérateur d'un jour devenu oppresseur pour toujours ! Robert Mugabe a affirmé que "seul Dieu peut [lui] retirer le pouvoir qu'il [lui] a donné", il ne nous reste donc plus qu'à espérer qu'il lui retire la vie, et vite, lui retirer le pouvoir ne serait désormais plus suffisant !

Pendant ce temps-là, la France et d'autres célébraient la fête de la musique, moment populaire s'il en est. Il faut en effet bien que la populace s'abreuve de bière et autres piquettes une fois par an, en beuglant sa joie teintée d'une électro de plus en plus envahissante. C'est au petit matin qu'il nous revient de découvrir la vraie nature de cette fête du bruit...des cadavres avinés, couchés au beau milieu d'un monceau de cadavres de bouteilles, embaumant l'urine et la transpiration. C'est en de tels moments qu'on en vient à douter de la supposée sagesse populaire...ou alors n'est-ce que le symbole d'un peuple prêt à tout pour oublier sa réalité, pour fuir ce qu'il vit durant toutes ses journées. Quoi qu'il en soit, comment peut-on être assez fous pour croire qu'une soirée sauvera une année abandonnée à la fatalité ?

Mais revenons à des choses plus essentielles...une nouvelle fin de semaine marquée par de nouvelles consultations plus ou moins démocratiques. Pour cette fois, ce sera donc la région de Tarija, en Bolivie, votant de sa propre initiative, et bien loin de toute forme de légalité, son statut d'autonomie à l'égard du gouvernement central. Loin de moi l'idée de défendre par principe Evo Morales mais nous ne pouvons que constater la division d'un pays, lancée par une aristocratie du capital ne cherchant qu'à sauver ses privilèges odieux. Décidément, quel magnifique monde où une tentative politique de réduction des inégalités, dans un cadre démocratique, révèle le vrai visage de ceux qui ne soutiennent la démocratie que pour autant qu'elle leur assure une exploitation parfaite de la misère ! Vive la rente mes amis, nous ne pouvons que regretter qu'un monde de rentiers suppose des millions de personnes dans une pauvreté extrême mais, après tout, ils n'avaient qu'à naître du bon côté, ceci ne vous regarde finalement pas !

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