De longs mois à répéter, inlassablement, peu importe, peu m'importe. Oublier, les malentendus, les erreurs, des regards entrelacés pour quelques secondes, les lendemains qui n'existent pas et ne
doivent pas exister. Avancer, toujours, refuser toute relecture du passé, ne pas s'étendre sur des fautes de goût florissantes. L'échine ne doit pas se courber, quoi qu'il en coûte. Aucune
négociation, des faits, bruts, et une valse sans fin, enivrante...épuisante.
Il s'agissait alors d'incarner un tout, seul, et oublier les promesses, des tentatives, aussi touchantes que dangereuses. Bien sûr, il n'y avait là aucun accomplissement, simplement une beauté un
peu plus usée chaque jour, une simplicité devenant futilité. De nuit en nuit, de lit en lit, j'écrivais le roman de ma vie. La plume devenait plus assurée, les ratures plus violentes, plus
cinglantes.
L'époque où l'imagination n'avait plus lieu d'être, où rêver de lui une nuit pour se réveiller dans ses yeux était exclu. Fuir nuit après nuit, lui après lui, contemplant le champs de ruines
appartenant à ceux qui se donnent pour mieux s'accomplir, ignorant la douleur d'un partage véritable, savourant un plaisir dépourvu d'engagement, ne laissant le temps pour rien.
C'était il y a déjà longtemps, quelques impulsions, signes d'un premier contact. Échanges florissants jusqu'au silence. Ce silence laissa libre cours à l'implacable rengaine, fuite en avant
délibérée, liberté retrouvée au prix d'un être consumé. De cahots en désastres, "il" n'avait plus de visage, errant de mirage en mirage, "lui" était devenu le refuge du "moi". La fuite se
poursuivait donc, sans obstacle, conduite par un être désormais dépourvu de réflexion...de lui en lui, ou peut-être de lit en lit, "moi" se perdît.
En ce royaume de nuits, le temps s'écoule, implacable à son tour. Incapable de desserrer les crocs, s'enfonçant dans un monde souterrain, le mouvement ne pouvait être brisé que par l'outrage, la
première résistance à cet homme hautain. Il arriva, bien sûr, bien tard pourtant mais foudroyant, irrésistible. Il balaya cette insomnie au détour d'une nuit, au fond d'un lit. Une hésitation se
transforma en échec, la folle journée était achevée.
Démesure durant laquelle tu étais là, toujours. Acteur silencieux et en retrait, écarté d'un revers de main mais persistant, insistant jusqu'à l'excès. Vague connaissance, entr'aperçue de si loin
que les contours même restaient flous. Véritablement aperçue au détour d'une nuit, nuit au lendemain de laquelle un seul slogan pouvait tout résumer : "publicité mensongère". C'est ainsi que la
folle journée continua, renforcée probablement par cet éclair de lucidité dont les conséquences étaient aussi sobres que claires...pas d'avenir et pourtant, l'insistance revînt, peut-être
renforcée, probablement sincère, assurément dangereuse.
Et quand bien même, l'illusion reprît de plus belle. Une nuit et nous en sommes donc là, hésitant, apeurés, entravés. Il faudrait donc attendre...attendre...en espérant la divine
inspiration, venue d'une divinité qui n'existe pas ? Jamais, inacceptable, insupportable, divinement détestable ! De lit en lit, on apprend à quel point le sommeil est un luxe peu nécessaire, de
nuit en nuit, peut-être apprend-t-on le prix du réveil.
Soyons clairs, sans responsable ni coupable, il faudra pourtant bien admettre que le culte de la simplicité revient à magnifier les choses de peu de valeur. Insensible, personne ne l'a été en
effet, sincère, ce fût essayé, un temps...pourrions-nous envisager d'être tout simplement, maintenant ? Sans fard, sans limite, le partage n'en serait que plus grand, et l'avenir tellement plus
clair. Chaque seconde altère un peu plus ce lien déjà fragile...la rupture et c'est le lit. Beaucoup de choses ont été dites, l'essentiel probablement. N'ajoutons donc rien sur ce point et
laissons sa chance à cette nuit. Il n'y a finalement pas de risque. Le pire ne consisterait qu'à reprendre cette valse nocturne, de lit en lit. Pourtant, la tentation existe...une nuit pourrait
devenir un seul lui.






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