Pas d'heure, fatigué sans avoir sommeil, cigarette après cigarette, il ne manque définitivement qu'un verre de vin blanc et le tableau serait parfait. Pressuré par un pays anxiogène, toujours ces
mêmes images, ce visage...encore des révélations, je ne sais quel secret et toujours ces mêmes traits détestés.
Est-ce donc à le résultat ? Plus de valeurs, rationnalistes et perdus. Blasés, regardant dans un sanglot la fin du monde que nous pensions symbole du progrés. Tout le monde s'en fout, englués
dans nos difficultés quotidiennes, nous sommes prêts à tout avaler. Plus les moyens de rien, absence d'alternatives, pensée unique insidieuse, pensée inique permanente. Enfants rois, nous sommes
devenus des vieillards au plus profond de nous, usés à l'apogée de notre jeunesse, nous en venons si vite aux regrets.
Où allons-nous ? De crise en crise, nous ne pouvons que regarder notre avenir et notre génération s'écraser dans un énième reflux de ces vagues d'information continue. Incapables d'avancer,
signal de détresse lancé au fin fond d'une de nos nouvelles autoroutes de la communication, personne n'écoute, nous n'y croyons même plus.
Luttant entre des ordres contradictoires, le vide, absolu...qui comprend encore quelque chose ? Entre l'alcool, la drogue, nos apparences et notre détresse, nous écrivons ensemble, à des millions
de mains, un requiem des plus tristes. Rien à voir avec la perte d'un être aimé, nous pleurons notre propre décadence. Bientôt prêts pour la fin des temps, nous creusons nos tombes de tout notre
coeur.
Peut-être est-ce le dernier sursaut macabre d'un corps social qui agonise, peut-être est-ce simplement notre propre échec. Nous portons l'ignoble responsabilité de nos sombres prédécesseurs,
ayant cru révolutionner le monde, ils ont brisé bien des carcans mais ont abandonné à l'heure de construire la suite. Et ce vide est pour nous, en nous. Nous aurions pourtant bien mérité un
paradis terrestre, un soupçon d'idéal mais vous nous avez tout arraché. Vous nous avez condamné à expier pour vous des fautes que vous reconnaîtrez peut-être lorsqu'il sera temps de nous quitter.
Nous n'aurons alors qu'à continuer notre supplice, seuls. Vous nous abandonnerez à l'heure du jugement, nous pouvons en être convaincus et tenter une hypothétique préparation qui échouera de
toute façon.
Génération née dans l'opulence, nous sommes nés alors que vous aviez la tête ailleurs. Et nous voilà, ne sachant trop ce que nous faisons là, nous tentons de trouver une petite lueur d'espoir
tandis que vous vous accrochez au pouvoir. Insatisfaits d'avoir gâchés nos premières années, vous nous confisquez les suivantes. Et aucune culpabilité, rien, toujours ce vide...Qui avez-vous cru
tuer à l'heure où vous retourniez vos armes et votre rage contre vos propres enfants ? Imaginez, une petite seconde, ce que nous aurions pu faire si vous nous aviez donné autre chose que votre
désespoir...
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